Pourquoi les femmes détenant une taille 34 ont 20 fois plus de choix de vêtements ?

Ce petit haut tendance et cette jupe assortie vous font envie. Oui, mais voilà, leurs tailles ne vont pas au-delà du L ou 42-44. Cette situation, vous l’avez peut-être déjà connue, mais même si ce n’est pas le cas, vous avez sans doute remarqué qu’au-delà de ces tailles, il devient difficile de s’habiller tout comme il devient difficile de s’identifier aux égéries des marques.

Pourtant, les tailles 40, 42, et 44 sont les plus vendues en France et 41% des Françaises s’habillent dans des tailles allant du 44 au 56.

Alors pourquoi les beautés généreuses sont souvent poussées hors des magasins et n’ont que si peu de choix ? La Lemon Team a analysé la mode grande taille et vous révèle tout !

Comment s’explique l’écart entre la taille des femmes et le choix qu’elles ont en magasin ?

L’Institut Français du Textile et de l’Habillement (IFTH) nous expose ce constat frappant, la taille 34 qui est répandue sur 0,7% des femmes en France leur offre la possibilité de choix d’environ 14% de l’offre des robes donc 1470 modèles (la robe est pris comme vêtement de comparaison). En parallèle, la taille 46 que porte 9% des femmes, ne propose que 0,6% de robes soit seulement 65 modèles.

Il est donc évident que les marques de mode n’ont pas conscience de la taille des femmes et qu’elles ne proposent pas assez une offre adéquate.

Pour comprendre ce bilan, l’IFTH nous propose plusieurs explications :

  • La plupart des femmes choisissent des habits inférieurs à leur taille habituelle donc plus serrés.
  • Les femmes sveltes consomment plus de vêtements que la moyenne.
  • A cela s’ajoute le fait que les jeunes filles ayant moins de 18 ans n’hésitent pas à aller se vêtir au rayon femmes adultes.

Jusqu’à la taille 40, il est encore simple de trouver sa taille mais pour les tailles 44, il y a clairement un manque d’offre alors qu’il existe un vrai marché.

Ces dernières ont en effet 3 fois moins de choix de vêtements que les autres. Pour les femmes taillant du 46 cela monte jusqu’à 15 fois moins de choix pour aller jusqu’à 71 fois moins de choix pour les femmes faisant du 48.

A quand une égalité pour toutes les tailles ?

Malgré quelques explications cohérentes, l’offre vestimentaire a encore du chemin à faire pour s’aligner et satisfaire la plupart des femmes qui ne font pas du 34.

Avec l’exposition de plus en plus croissante des femmes généreuses dans la presse et les médias, il serait recommandé d’agrandir l’offre grande taille, d’autant plus que les marques spécialisées pour les beautés généreuses se multiplient.

La rédac’ a souhaité aller plus loin que les explications données par l’IFTH et vous apporte d’autres éléments de réponse.

La mode et la grande taille : entre hésitation et maladresse

Le marché « grande taille » appelé « plus size » par nos voisins américains est aujourd’hui estimé à un peu plus de 15 milliards d’euros. D’ailleurs, il représente 18% du total du prêt-à-porter féminin et a enregistré une croissance de 5% l’an passé. A ce titre, c’est un marché juteux et prometteur dont les grands groupes de l’habillement souhaitent tirer profit.

H&M, Asos, Forever 21, Uniqlo… ils sont nombreux à avoir lancé publiquement ou plus discrètement une collection dédiée aux grandes tailles. Mais est-il vraiment question de grande taille quand les vêtements atteignent péniblement la taille 44 ? Quand des mannequins sans formes apparentes sont choisies pour porter ces vêtements sur les sites internet des marques ?

Certains comme Missguided font des efforts pour aller jusqu’à la taille 52, mais les productions étant souvent réalisées en quantité plus faible, il n’est pas aisé de trouver le bon modèle. D’autres comme Asos adaptent leurs vêtements pour petites, grandes et rondes. Ses vendeurs partenaires peuvent même aller jusqu’à la taille 58.

Bien que le choix des vêtements grande taille se développe sur internet, en magasin le changement se fait toujours attendre ! Les beautés généreuses doivent trop souvent choisir entre un magasin spécialisés grande taille ou le sous-sol d’un magasin qui a peur que la taille XXL soit trop voyante mélangée aux autres rayons.

Pourquoi ce rejet ? La mode est-elle emprisonnée dans une cage dorée lui empêchant de voir la réalité ?

Chez Abercrombie & Fitch, on aime les poitrines généreuses… avec une taille de guêpe

Voici une (brillante) explication de Mike Jeffries, le très controversé PDG d’Abercrombie & Fitch, plus connu pour ses dérapages et son addiction au botox que pour ses connaissances en matière de mode : « Abercrombie est seulement intéressé par des gens avec un ventre plat qui ressemblent aux surfeurs prêts à sauter sur leurs planches » ou « je ne veux pas que notre clientèle principale voit des gens qui ne sont pas aussi séduisants qu’eux porter nos vêtements ».

Ces déclarations douteuses additionnées à un recrutement qui serait basé sur le physique ont même valu à Abercrombie d’être suspectée de discrimination par le défenseur des droits, mais  dans le fond, Mike Jeffries ne dit-il pas tout haut ce que d’autres marques pensent tout bas ?

Une image de marque à soigner

Une autre raison plus sérieuse et psychologique existe. Benoît Heilbrunn, professeur à l’ESCP, à l’Institut Français de la Mode (IFM) et au Celsa nous explique quel objectif marketing les marques souhaitent remplir en ne distribuant pas de grande taille : « les marques établies ont tendance à chasser les gros et les grosses de leurs magasin de façon subreptice (ndlr : furtive, de manière cachée). Pas de XL et surtout pas de XXL, l’idée est d’opposer un rejet symbolique aux personnes qui pourraient entacher l’image du client ou de la cliente idéale de ces marques ».

Beauté culturelle VS beauté naturelle

On préfère donc vendre aux gravures de mode plutôt qu’aux femmes de toutes les morphologies et mensurations.

D’après Benoît Heilbrunn, en faisant cela on oppose la beauté naturelle à la beauté culturelle : « le marché de la mode est structuré par une idéologie qui oppose très clairement beauté naturelle et beauté culturelle. La beauté culturelle est fondée sur l’idée qu’il existe des mensurations idéales que les marques vont incarner dans des égéries : un corps svelte, élancé, qui est dans le contrôle des pulsions et des émotions. Ce modèle a pour objectif de vassaliser (ndlr : soumettre à une puissance, subordonner) la cliente en lui projetant un modèle inaccessible, établissant dès lors une relation de pouvoir. La beauté naturelle, elle, implique que toutes les femmes sont belles, même si elles n’en ont pas conscience ».

Avoir une cible parfaite irréelle semble plus vendeur que de souhaiter satisfaire les besoins de tout le monde.

Des soupçons de « grossophobie » ou peur de la grande taille planent sur la France

Après avoir rencontré et lu des mannequins grande taille, un constat s’impose : la France serait-elle victime d’un mal particulier nommé « grossophobie » ?

Interviewée le mois dernier par Le Mag, Clémentine Desseaux nous déclarait à ce sujet : « pour moi les conseils de mode pour les rondes sont très limités en France. En gros, on a le choix entre le look pin-up ou le look sac à patates… Depuis que je me suis exportée, je découvre que non seulement, j’ai le droit à tout comme les plus minces mais surtout que tout me va si je choisis bien. »

Si l’on en croit l’analyse de Benoît Heilbrunn, les causes de ce mal résideraient plutôt dans le fait que la beauté culturelle est totalement ancrée dans l’esprit des Français, bien plus que la beauté naturelle.

« Sur 100 femmes, 87 aimeraient changer une partie de leur visage ou de leur corps »

Alors,  pour ressembler à ces images sur papier glacé représentant la beauté culturelle française, il faut parfois aller plus loin et se transformer. Sur 100 femmes, 87 aimeraient changer une partie de leur visage ou de leur corps, principalement ventre, cuisses, fesses et seins. D’ailleurs, 41% des femmes se disent prêtes à avoir recours à la chirurgie esthétique. Est-ce pour autant une solution miracle pour mieux s’accepter ? Rien n’est moins sûr.

Il faut dire qu’en dehors de quelques numéros « spéciales rondes », les magazines de mode nous montrent toujours les mêmes images de mannequins toujours de la même taille, portant toujours les mêmes marques de vêtements. Le mannequin grande taille se fait rare, relégué aux pages spéciales « êtres ronde et avoir du style », et pour cause, le terrain reste glissant pour les grandes Maisons qui pour beaucoup n’osent pas s’y aventurer.

 

Pour terminer, la Lemon Team tenait à saluer ces quelques initiatives qui mettent en avant les beautés généreuses :

  • Candice Huffine sera la première mannequin grande taille à figurer dans le calendrier Pirelli 2015. « The Cal » innove enfin pour sa nouvelle édition et recrute une femme aux formes généreuses qui posera aux côtés, entre autre, d’Adriana Lima et Natalia Vodianova. Vous verrez le mois d’avril d’un autre œil.
  • Les marques comme Marina Rinaldi qui ne limite pas leur discours à la question des tailles.
  • Les consommateurs qui ne sont pas dupes et n’hésitent pas à faire part de leur mécontentement comme dans l’affaire du « perfect body » de Victoria’s Secret.
  • La série de photos « la meilleure lingerie existe dans toutes les tailles » publiée sur Vogue.com. On y retrouve les mannequins stars prêt-à-porter et lingerie grande taille : Candice Huffine, Tara Lynn et Ashley Graham.
  • Vogue Italie qui fait poser Tara Lynn, Robyn Lawley et Candice Huffine magnifique en lingerie grande taille Panache.  Elles sont réunies dans un numéro qui n’est pas associé à la grande taille et étiqueté « spécial rondes ». En couverture, on voit seulement des femmes sublimes.
  • Le rendu des clichés de photographes professionnels tels que Victora Janashvili qui nous montrent que la sensualité n’est pas une affaire de poids.

A travers cet article, la rédac’ espère vous avoir éclairé sur le sujet parfois délicat de la grande taille et vous amener à y réfléchir. N’oubliez pas que même si les mentalités changent lentement, le principal est qu’elles changent petit à petit.

Crédits photos : LC, DR.

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